Bejeweled HD
La transe tactile
Dans la catégorie des jeux de Match 3 qu'évoquait
Frédérick Raynal pour son jeu
bOxOn, Bejeweled fait partie des super star avec ses 500 millions de téléchargements et 75 millions d'exemplaires vendus depuis 2001. Toute l'efficacité hypnotique se retrouve sur iPad avec, bien sûr, un énorme plus : le contact direct à l'écran.
Le doigt majeur
La version Nintendo DS de
Zoo Keeper pratiquée au stylet directement à l'écran l'avait déjà prouvée, le principe consistant à interchanger l'emplacement de deux pierres colorées, gemmes dans le jargon Bejeweled, prend une autre dimension en agissant directement sur la vitre plutôt qu'en passant par une souris sur ordinateur ou un curseur sur console de salon. C'est donc avec une très grande satisfaction physique que le doigt fait glisser rapidement les gemmes d'une position à l'autre. Le but du jeu bien connu consiste tout simplement à aligner verticalement ou horizontalement trois gemmes de mêmes couleurs parmi les 7 proposées. Aussitôt elles s'autodétruisent et permettent à de nouvelles gemmes d'apparaitre en haut de l'écran. En aligner 4 ou réussir des combinaisons horizontales et verticales en forme de L ou de T fait apparaître des gemmes lumineuses aux aptitudes plus ou moins explosives provoquant de belles tranchées (à la Bomberman) puis des "cascades" de gemmes. Le but final consistant à détruire le plus de gemmes possibles de façon à accumuler un maximum de points avant que le jeu ne vous annonce que la disposition aléatoire des gemmes à l'écran ne permet plus d'en aligner trois.
Du classique, du papillon et du diamant

Cette version qualifiée de HD et destinée à l'iPad contient le robuste mode dit Classique où il faut enchaîner les tableaux et tenir le plus longtemps possible. Pas pingre, et heureusement, ce Bejeweled comprend en plus trois variations tout à fait enthousiasmantes. Le mode Papillon transforme certaines pierres en "papillons" qui ont la curieuse aptitude de remonter les huit rangées du tableau à chaque coup réussit. Il faut donc s'arranger à les inclure dans des séries de couleurs à détruire avant qu'ils n'atteignent le haut de l'écran et provoquent le game over. Plutôt malin, le système oblige ainsi le joueur à donner la priorité à certaines pièces sur d'autres. La gymnastique mentale devient vite essoufflante quand une quinzaine de ces gemmes papillons, sur les 64 que contient chaque tableau, menacent d'arriver en haut. Le mode Mine de Diamant, lui, ajoute un chronomètre et modifie notablement le terrain en lui greffant de la terre meuble qui doit être creusée par les petites explosions des gemmes pour agrandir vite le terrain de jeu. Dépaysant, ce mode change vraiment l'allure visuelle et tactique du jeu.
Scores partagés et sans bavure
D'un point de vue organisationnel, et sans dresser un tableau comparatif avec les innombrables versions du jeu disponibles depuis son invention, cette mouture iPad s'avère copieuse et bien travaillée. Même si, un peu trompeur et curieusement, le mode Blitz affiché à l'écran conduit au téléchargement du jeu complet
Bejeweled Blitz au lieu de l'inclure directement, on serait mauvais joueur de se plaindre puisque le téléchargement est gratuit (en tous cas pendant la période de ce test). Pour le reste, l'ensemble comprend de quoi satisfaire les amoureux du score, avec des récompenses Game Center, le gain de "badges" bronze, argent et or en fonction des combos réussis, des scores pour chaque section individuelle, et une jauge de progression générale regroupant sous forme de "rang" : apprenti, stagiaire…
Bon contact, mais sans cachet artistique
Visuellement et acoustiquement cette adaptation propre ne frappe pas particulièrement. Les arrières plans dessinés des tableaux ne sont que quelconques et les musiques d'accompagnements plus irritantes que singulières. Cela fait aussitôt regretter l'absence d'une option autorisant l'écoute de sa propre musique stockée sur iTunes. Mais ce qui doit vraiment compter sur iPad est au rendez-vous. La prise en main avec le touché direct de l'index sur les gemmes est précis, et vif. Tant qu'il n'y a pas d'explosions particulières qui inhibent naturellement l'écran, le temps d'afficher animations et scores, le jeu laisse tout à fait le doigt cumuler rapidement les déplacements sur toute la surface de jeu. On imagine sans peine les spécialistes enchaîner les séquences avec une ou deux mains survolant à toute vitesse la vitre et effleurer tout aussi vite chaque gemme à déplacer. Mentalement, Bejeweled ne se réinvente pas sur iPad, mais physiquement, oui.
État second

Prenons le pari. Le mode de jeu vedette devant les Classique, Mine de Diamant et Papillon évoqués plus haut est en réalité celui baptisé Zen qui permet de jouer indéfiniment et d'enchaîner les tableaux à son rythme. Pourquoi "vedette" ? Parce qu'au fond il entraine vraiment le joueur dans cette zone étrange où l'observation, le geste et le temps disparaissent, ou fusionnent, dans un même espace-temps. Les options de la section Zen, justement, incitent à choisir des pistes sonores spéciales "relaxantes", bruits de forêt, de pluie, de plage, de criquets… auxquels peuvent aussi se rajouter un balayage régulier de l'écran par une ombre accompagnée d'un souffle de respiration. Même si la voix graveleuse du maître de jeu intervient bêtement pour saluer les réussites, c'est dans ce mode infini que le jeu explore tout son potentiel d'hypnose, voire de transe. Bonne nouvelle, il est quand même possible de s'y arracher, d'interrompre la partie et de la reprendre au même numéro de tableau déjà atteint.