Crow
Quand ambition rime avec lourdeur
Diriger le vol d'un corbeau condamné à livrer, au nom de son espèce, des combats contre des créatures quasi mythologiques sonne comme plutôt original. Sauf qu'à trop se la jouer solennelle, l'aventure confond profondeur émotionnelle et lourdeur technique.
Avouons une petite déception. Le pitch du gameplay intrigue, la
bande-annonce solide ponctuée de citations de presse élogieuse ne peuvent que donner envie. Communication réussie donc pour un jeu qui l’est un peu moins.
Vol décevant

Le corbeau plane donc paisiblement au-dessus de paysages de campagnes ou de montagnes plutôt vides. Le doigt maintenu sur la vitre lui donne sa force de propulsion pépère et pointe la direction à suivre. Comme la surface polygonée au sol est recouverte de textures peu fouillées, le jeu donne l'impression d'un paysage calculé en temps réel que le corbeau va pouvoir explorer librement dans de grandes proportions. Surtout que l'histoire mitonnée dans une petite mythologie maison et racontée à coups de jolis parchemins incite à récolter des joyaux bleus éparpillés ici et là. Très vite, cependant, le corbeau atteint les limites du terrain disponible. Assez bien intégrés au décor, des brouillards, pluies ou chutes de neige dessinent ainsi la frontière et, en cas d'insistance, le programme remet élégamment le corbeau dans l'ère de jeu tel un « vulgaire » Airwing de Starfox.
Aventure et action saupoudrées de RPG
Le vol du corbeau ressemble alors beaucoup à celui d'un vautour, autre charognard plus lourdaud et distant que le familier corbeau de nos campagnes. Lent, circulaire, limité, il ne fonce sur aucune proie et n'atterrit jamais sauf dans les scènes animées intermédiaires et réussies. Pincer l'écran offre une vue plus élevée et fixe du terrain laissant voir quelques objectifs lumineux. Mais en réalité la quête des précieux joyaux bleus (les Trinquets d'un récit hélas tout en anglais, comme le tutorial et la description des objectifs bien intégrés) se fait au hasard puisque que ceux-ci surgissent spontanément du sol à leur approche. Un touché du doigt, même à grande distance, suffit à les récupérer. Dans l'ordre des actions il s'agit donc de collecter le plus de joyaux sur les huit dispersés, les utiliser en monnaie de points d'abilités ("Skill Points" à répartir comme dans un jeu de rôle en Protection, Régénération, Efficacité, Fury…) avant d'affronter le boss du niveau : un épouvantail maléfique dans un champ (pour les corbeaux cela va de soit), puis un minotaure géant dans la montagne, pour les premiers…
Shoot et esquive sur rails
Les affrontements contre les boss finalement assez fréquents imposent un mode de déplacement téléguidé façon shoot sur rail où le doigt peut déplacer le corbeau sur l'équivalent de la surface de l'écran alors que tout le trajet est programmé. Un parcours automatisé plutôt bien fait avec un corbeau qui survole ou traverse un décor approprié, vallons, grottes, pentes enneigées, et croise une ou plusieurs fois le chemin de la créature géante à éliminer. Quand ce n'est pas celle-ci qui vient à sa rencontre. Cette séquence d'action accélère assez nettement le jeu. Il faut collecter des orbs d'énergie en se plaçant sur leur trajet, croiser de nouveaux joyaux bleus éventuellement en frappant rapidement un champignon au sol. Dès qu'il semble à portée, le boss s'affronte en touchant la jauge d'énergie/santé partagée puis en dessinant rapidement à l'écran soit un coup de sabre à la Fruit Ninja, soit, par exemple, un cercle formant bouclier. Le jeu enclenche un léger ralenti à la bullet time à ce moment là. Malgré des explications au démarrage de chaque séquence, le petit jeu de cache-cache et d'enchainement des bons gestes se découvre peu à peu, en tâtonnant même, entre devinettes voulues par les auteurs et approximations entre les distances et les gestes attendus. Un mélange de pseudo adresse et de réflexion qui tourne court au cinquième ou dixième passage puisque le trajet révèle vite sa nature de… circuit tournant indéfiniment en boucle. Un passage raté et le tour complet de manège reprend.
À la recherche d'une originalité
L'ensemble de la production à la fois ambitieuse en terme de narration et limitée d'un point de vue interactif laisse circonspect. L'ambiance majestueuse essentiellement portée par une partition musicale digne d'un film, les menus et quelques animations, n'est pas vraiment entretenue par le gameplay aux rouages trop vite visibles et au moteur graphique affichant peu de détails. Le côté planant ou contemplatif suggéré ne fonctionne pas non plus avec un horizon finalement très limité et dont le vide finit d'autant plus par se remarquer qu'il faut beaucoup tourner en rond dedans ou au-dessus. Reste que le jeu cherche sincèrement à intéresser et à challenger le joueur. Cette honnêteté là se ressent dans les menus soignés et bien mis en images, les niveaux challenges (du simpliste survol au jeu de tir et d'esquive maladroit en position semi fixe) que l'on peut rejouer pour le score (GameCenter et Leaderboards de plus de 50 000 joueurs déjà inscrits included). Si à l'œil le moteur graphique in game fait un peu rustique, l'appli elle-même est techniquement irréprochable, compatible iPhone et iPad et même Retina Display. Si ce presque original The Crow ne tient pas tout à fait ses promesses, la tentative mérite d'être encouragée.