Cthulhu Saves the World
Déception cosmique

C'est une tendance investissant le cinéma bis et la littérature alternative, dont le principe général ramène (comme souvent) au creuset foutraque de la génération lolcat/4chan : les greffes contre-nature entre grandes figures classiques et pop culture, master chefs et junk food. C'est ainsi que, ces derniers temps, on a pu lire Pride and Prejudice and Zombies (version parodique d'un roman du 19ème siècle de Jane Austen), voir Abraham Lincoln combattre des hordes de morts-vivants en DVD, et que, désormais, on peut retrouver Cthulhu comme personnage principal de jeu vidéo. Le pitch ? Fraîchement tirée des eaux, la déité cosmique de Lovecraft se voit complètement vidée de ses pouvoirs avec, pour seule possibilité de les retrouver, la nécessité de devenir un héros vertueux. Contre-emploi parfait, donc, dans un jeu de rôle/hommage aux 16 bits qui, pour une fois, s'éloigne du sempiternel modèle Zenonia. On serait plutôt ici dans le JRPG à la Breath of Fire : combats en tour par tour, gestion d'une équipe, plus de stratégie, moins de course aux stats et au loot.
Cthulhu est peu bavard

Le programme est alléchant mais la déception, malheureusement, est d'autant plus grande. Vu le concept, le moins qu'on puisse attendre d'un tel titre est qu'il ait des choses à raconter. Or Cthulhu Saves the World est, la plupart du temps, étrangement muet. Peu de dialogues, scénario réduit à une suite de quêtes sans grande logique… Seules les rencontres avec les boss et les arrivées dans des villages arrachent quelques phrases (marrantes, certes) à l'improbable équipe, le reste du temps étant passé à enfiler les combats aléatoires les uns après les autres. Le système de combat, justement, rend tout aussi perplexe puisqu'il met l'accent sur la rapidité. A chaque tour passé, en effet, les adversaires voient leur puissance augmenter, jusqu'à ce que le moindre crabe puisse vous aplatir du premier coup. Les personnages régénèrent par ailleurs plus de précieux points de magie moins l'affrontement dure. En fait de stratégie, donc, l'idée maîtresse semble être de bourriner fort et vite pour expédier ce qui devrait être l'un des challenges les plus intéressants proposés par le titre.
Une conversion mal conçue
Pour ne rien arranger, la conversion iOS (Cthulhu a déjà investi la Xbox 360 et le PC) est loin d'être irréprochable. Sans même parler des plantages réguliers qui affectent les possesseurs d'iPod Touch, l'interface générale est d'une gaucherie invraisemblable. Aucune option de pad virtuel ; les déplacements dans les menus et dans le jeu sont gérés à l'aide de glissements sur l'écran. Ces derniers étant assez mal reconnus pas le programme, le personnage part souvent seul dans des directions aléatoires, ce qui rend la simple exploration des niveaux plus pénible qu'elle ne devrait l'être. Au moins, sur ces points spécifiques, le développeur a d'ores et déjà annoncé la diffusion prochaine d'un correctif. Mais pour le reste, en revanche, il y a peu d'améliorations à attendre. Excitant sur le papier, Cthulhu Saves the World ressemble surtout à un JRPG 16 bits lambda ayant mal vieilli, et que son capital sympathie indéniable ne parvient pas tout à fait à dynamiser.