DancePad
Allez danse avec les doigts (le jeu de l'été sur iPad) !
Grosse et belle surprise de l'été 2012 (pourri ou pas), le concept du jeu musical n'a pas dit son dernier mot. Grâce à l'écran multitouch de l'iPad, le d'abord clinquant, puis finalement épatant, DancePad propose de danser non plus avec tout le corps comme l'imposent les derniers jeux populaires sur consoles de salon, mais avec les doigts. Idiot ? Non, totalement génial.

Sur l'écran devenu piste de danse vu du dessus, des traces de pas bicolores s'affichent puis disparaissent très vite et dessinent, sans doute, une chorégraphie mystérieuse. Sur le pied bleu, de gauche, il faut placer un doigt gauche, sur le rouge, de droite, un autre doigt. Index et majeur de la main gauche ou de la main droite font l'affaire. Autour de chaque marque de pas furtif un cercle concentrique va en s'amenuisant et indique le bon moment où le contact doigt-pied doit avoir lieu. Si un pointillé prolonge la marque d'un pied, le doigt doit maintenir la pression et faire glisser le pied de long de cette ligne aussi éphémère. Si la figure concerne les deux pieds en même temps, il y a du moon walking à la Michael Jackson dans l'air. Parfois sur une courte ligne droite, parfois sur un trajet courbe, et donc un peu fourbe puisqu'il faut impérativement et précisément finir sur un emplacement imposé au sol. Qui a dit que danser c'était bouger n'importe comment, même avec les doigts ?
Grosse production qui fait peur, puis non
Attention, DancePad n'est pas un petit jeu malin en passant. Il s'agit d'un projet lourd cosigné par une filiale de la grosse agence américaine
CAA (Creative Artistes Agency) qui représente artistes et stars d'Hollywood. Bien qu'elle n'apparaisse ni dans le jeu ni dans l'interface,
Jennifer Lopez est annoncée comme consultante sur le projet par la communication de l'éditeur. En gros : DancePad représente toutes les raisons de se méfier d'un produit hyper commercial visant tous les publics et donc n'importe qui sauf un gamer averti. Et puis, surprise, le mauvais esprit a tout faux, le jeu se révèle prenant pour toutes les bonnes raisons. La version gratuite et sa vingtaine de chansons incluse permet de se faire une opinion sans dépenser un sou. Autre heureuse surprise, passé quelques écrans commerciaux, la sélection musicale funk-électro se révèle bien plus pointue et sophistiquée que racoleusement commerciale (une partie du track listing
ici). Et puis, l'essentiel, le plaisir de jeu est instantané et total grâce à un très savant mélange de retours tactiles et sensoriels. Dès lors, la confiance installée, il n'y a plus qu'à se laisser entrainer sur la piste de danse réinventée.
Tout pour le joueur : flashy, vachard et cajoleur

La succession d'écrans flashy qui veulent bien faire en s'affichant tout seul avec des étoiles, des scores et des encouragements, donne un peu l'impression au début de perdre le contrôle du logiciel, notamment avec l'insertion de messages commerciaux au lancement. Et puis peu à peu la bête s'apprivoise comme une boite à rythmes un peu folle. On croise un "browser" qui filtre les chansons disponibles (une vingtaine dans l'appli gratuite), par artistes, genres (Electro, Pop, R&B, rock indé…) et même par difficulté (facile, normal, difficile, expert). Une autre page affiche une liste de "missions" à accomplir pour obtenir des XP qui ouvriront davantage de contenu. Des objectifs qui vont du plus simpliste (lancer l'appli 5 fois) au plus acharné (gagner un total de 20 étoiles) ou au plus hasardeux (toucher l'écran exactement 100 fois en dansant). Aucun doute, si le jeu vise le grand public, les créateurs derrière connaissent bien les gammes du jeu vidéo sérieux. Comme dans un jeu de sport à la BurnOut ou Forza, une jauge de progression se remplit toujours un peu quoi que l'on réussisse ou échoue. Des points et des clappements de mains viennent toujours conforter le joueur. Et le "Meh" un rien vachard affiché sur l'écran en cas de ratage de figures vexe autant qu'il amuse. Dans tous les cas une multitude de signaux visuels colorés (pluie de mini étoiles, éclairages…) ponctuent les tentatives. Assez intelligemment, les courbes d'apprentissage des pas de danse et les indications de l'interface évoluent en parallèle. On comprend de mieux en mieux ce qui se passe au fur et à mesure que l'on réussit les figures attendues.
Modèle freemium de qualité

Après son tutorial, le jeu gratuit demande de franchir une par une des sections joliment baptisées Volume 1 et Volume 2 regroupant 10 chansons/défis chacune. La série de chansons et de défis du Volume 2 ne pouvant se franchir qu'après avoir récupéré 25 étoiles sur les 30 accessibles dans le Volume… 1. Classique mais hard tellement certains morceaux (citons le She is Love de Blaqstarr) font grimper brusquement la difficulté en multipliant les pas de danse. Au-delà de ces trois sections offertes, l'appli propose en toute logique commerciale d'acheter 8 autres volumes, soit 80 niveaux de plus pour la somme modique de 0,79 euro (prix promotionnel jusqu'au 14 juillet avant retour aux alentours de 3 euros). Autant dire que le fun et la qualité technique étant tous les deux au rendez-vous, il n'y aucune arrière pensée à avoir. Après quelques sessions de jeu gratuit, tout habitué de l'App Store entendra même la petite voix qui lui dira : honnêtement, ce joli travail là mérite salaire et donc ma contribution. Seul petit souci dans la procédure d'achat in game : l'appli annonce télécharger le contenu automatiquement mais impossible de trouver le contenu sans avoir éteint complètement puis relancé l'appli. À ce moment là le total des 10 volumes s'affiche enfin mais il faudra bel et bien franchir les défis un par un et gagner le nombre d'étoiles nécessaires de chaque étape avant d'accéder à la suivante et donc aux chansons. On ne trouve ainsi pas d'accès direct à chaque titre en dehors du mode linéaire principal ni, et pour la danse cela manque forcément, un mode deux joueurs puisqu'on ne voit pas ce qui empêche l'écran d'accueillir quatre doigts sur tout l'écran ou en le divisant en deux zones séparées.
On n'achève pas les gamers facilement
Malgré l'abondance de rose fushia outrageant, l'interface hyper réactive de l'appli (relancer un morceau en cas d'échec est instantané) finit par séduire. La surface de la piste de danse elle-même balayée par des spots fait varier sa surface. Des sols en damiers noir et blanc ou couleur, en béton ou en parquet ciré, chassent l'ennui. Une coquetterie esthétique à ne pas du tout prendre à la légère puisque le regard, puis les doigts, ne font que fixer le sol virtuel et qu'il s'agit de "se croire" un minimum sur une piste de danse. Le plaisir étant assuré à presque tous les étages, vient tout de même le moment de vérifier que le gameplay tient la durée. On achève peut-être les chevaux sur les
pistes de danse mais pas les core gamers dont l'endurance ne se démontre plus. À ce titre là, DancePad assure aussi, peut-être même trop et, surtout, pas toujours de façon égale en difficulté. Le jeu, déjà culotté, n'hésite pas à balancer des funks sophistiqués aux rythmes assez asynchrones pour faire perdre son latin disco. Très vite, tout s'accélère. Quand on croit que les doigts suivent enfin le rythme des pressions attendues, déjà dressés, ceux-ci refusent alors de rester coller sur une icône avec des aiguilles qui obligent brusquement à marquer le pas. Puis, au début parallèle comme les deux pieds, les glissements à la moon walk des deux doigts adoptent eux aussi des écarts qui obligent à désolidariser les deux doigts. Alors que le mode d'emploi laisse entendre que tout cela se pratique avec deux doigts d'une seule main, l'accumulation de pas sur la piste devient, au détour d'un rythme techno énervé, une foule impossible à suivre à moins d'essayer d'y glisser d'autres doigts. Rassurant, aucun videur ne viendra interdire de faire appel à des doigts invités. Et, heureusement pour le cœur et les crampes, chaque partie ne dure que quelques secondes et n'utilise qu'un extrait de chaque chanson ou morceau instrumental.
Dès que l'on aura enfin réussir à dépasser le niveau débutant, on reviendra sûrement confirmer que DancePad est une bombe. Pour l'instant, le plaisir d'y être et de participer suffira. En attendant, le défi est lancé à la face de tous les amateurs de musique et de danse (everybody, n'est-ce pas ?) : DancePad EST l'appli branchée de l'été (pourri ou pas !).