Comme ils sont malins, voire cruels, ces développeurs qui cachent d'effroyables casse-têtes derrière une apparence enfantine. Ainsi maquillé par son petit nom accueillant, ses trois couleurs pastel, ses petits carreaux d'école primaire, ce ichi dissimule une mécanique de jeu aussi simple que terrifiante.
Quoi de plus basique en effet que les jeux ne nécessitant qu'une pression sur l'écran et encore, sans même avoir besoin de viser. Le but du jeu ? Forcer une petite boule se déplaçant seule à collecter méthodiquement tous les points orange éparpillés dans le tableau. Auto propulsée dès le début, celle-ci avance paisiblement mais aveuglement à l'horizontale ou à la verticale. Elle rebondit avec la même constance sur les bords du cadre et différents obstacles sur son trajet. Dès qu'elle touche un bord froissé du cadre du tableau, en revanche, le jeu considère la partie terminée et relance le tableau à son début. Au travers de sa route, des triangle-bumpers la font rebondir perpendiculairement. Alors que les triangles bleus restent figés, les rouges peuvent tourner sur eux-mêmes. Chaque pression sur l'écran fait pivoter les triangles rouges et le joueur décide ainsi dans quelle direction la boule doit se diriger après rebond.
Des contraintes maîtrisées

Après quelques tours de chauffe, ce principe bête comme chou révèle assez vite son machiavélisme et une croissance intimidante de la difficulté. Même si celle-ci n'est pas toujours constante. Visuellement, déjà, le fait que la boule rebondisse avec un angle droit à partir de la grande surface du triangle sur son trajet créé un trouble visuel. Un léger doute quant à la direction que va vraiment prendre la boule au rebond qui ne quitte jamais le joueur notamment parce qu'il doit positionner parfois très rapidement le triangle rouge en le faisant pivoter. La rotation elle-même des triangles ajoute, volontairement, de la confusion. Tous les triangles rouges du tableau tournent en effet en même temps alors même que le joueur ne veut agir que sur un à la fois. Le cerveau doit donc réévaluer à l'approche de chaque triangle rouge si la position adoptée pour la précédente rencontre est encore bonne pour la prochaine. Sinon, il faut à nouveau faire pivoter l'ensemble. Mais comme le game design du jeu impose qu'ils ne tournent que dans le sens des aiguilles d'une montre, il faut parfois faire complètement tourner sur son axe avec plusieurs pressions pour retrouver la bonne position. Bref trop de mots pour expliquer le rapport complexe que le jeu réussit à imposer à l'esprit avec une mécanique simple et plusieurs dizaines de tableaux renouvelant sans trop de redites l'exercice.
Des variations malignes

Le jeu a cette vertu particulière de remettre en question les acquis du joueur avec des variations, sur le papier, elles aussi assez simples. Un petit carré en forme d'amas de roche s'effrite au premier rebond et ne s'utilise qu'une fois. Une petite spirale elle aussi comme dessinée gentiment au crayon de couleurs, téléporte la boule d'un endroit à l'autre du tableau. Le jeu l'enseigne plus tard, le doigt maintenu sur une partie du trajet de la boule peut tracer à l'écran une ligne et créer ex nihilo un petit mur sur lequel la boule rebondira. Plus tortueux encore que le reste, certains tableaux proposent de matérialiser/dématérialiser certains ou parfois tous les triangles du tableau. Le joueur doit décider si la boule rebondira ou passera au travers du triangle-bumper. Plus tard, un nouveau bumper provoque la scission en deux boules qu'il faut alors guider simultanément. Le score, enregistré sur Game Center, s'aligne sur le nombre de rotations maximum que le jeu attend par tableau. Cela peut aller de deux rotations à seize ou plus encore. Réussir le nombre exact limité de rotation gratifie d'un A, puis d'un B, etc… Curieusement, le joueur peut provoquer, ou subir, autant de rebonds qu'il le souhaite, le jeu ne s'intéresse vraiment qu'au contrôle des rotations.
Mini max

Ichi est au joueur ce qu'une toile d'araignée est à l'insecte de passage. Son apparente légèreté, son absence de menace attire puis ne relâche plus sa proie. Le joueur prisonnier volontaire se laisse alors entrainer d'un tableau à l'autre, sans cesse défié par un principe de jeu trop enfantin pour ne pas être dompté. Sauf que de parcours en parcours, le petit trajet de la boule rencontre peu à peu de véritables labyrinthes physiques et mentaux. Bien heureusement, Ichi ne gâche jamais l'expérience. Chaque tableau se relance en une fraction de seconde, et s'enchaîne sans aucune sollicitation de paiement. Même pas pour accéder au mode création de niveaux inclus qui a non seulement le mérite de permettre de s'essayer à la conception de niveaux (facile à réaliser grâce à une interface tactile agréable et accessible, difficile à concevoir) mais permet évidemment de jouer ceux postés par les autres joueurs (837 tableaux à l'heure de ce test, aimablement classés par popularité, évaluation…). Compatible iPad et iPhone avec sauvegarde partagée, iChi offre un maximum sous une apparence de minimum.