Les jeux de plateforme à la sauce rétro se suivent sur iOS mais ne sont pas condamnés à se ressembler. C'est ce que démontre ce (en français) "voyage de Trump" dans un décor évoquant la Nouvelle-Orléans du début du XXe siècle.
De mémoire de gamer, c'est la première fois que l'on aperçoit le logo du CNC au générique d'un jeu. Preuve sans doute que ce joliment réalisé Jazz contient assez d'éléments d'animation et d'arrière-plans culturels pour obtenir l'aide financière du prestigieux Centre National du Cinéma et de l'image animée. L'histoire racontée par petites saynètes animées en 2D, exploitant le même moteur dessiné du jeu, met en scène un aspirant trompettiste partant à la conquête de la scène du jazz de la Nouvelle-Orléans vers 1915. La palette graphique aux couleurs tempérées se la joue même vieux film muet, avec pellicule scratchée et intertitres en guise de dialogues. Dans le mix quand même, des bulles dessinées indicatives interviennent in game redonnant à l'ensemble un aspect bande-dessinée. On obtient donc un mélange de genres visuels que l’on accueille avec beaucoup de plaisir dans un univers du jeu vidéo généralement habitué à ressasser les mêmes ambiances.
Petit Mario version jazzy
Derrière le courageux habillage graphique, qui prend le risque de pouvoir déconcerter le gamer habituel, se cache à peine un jeu de plateforme aux épreuves en revanche ultra familières, solides mais déjà pratiquées mille fois. Le petit bonhomme court de gauche à droite, ou l'inverse, emprunte des plateformes mobiles qui l'entrainent plus haut ou le font chuter vers sa perte. Les décors de briques intérieurs ou sur les toits d'immeubles ne changent rien à une affaire bien connue depuis Super Mario Bros. Le parcours abritant ses petits secrets (pièces cachées dans le décor) et ses petits mécanismes obligeant à cogiter un peu, le trompettiste pousse et tire des caisses qui lui servent de marchepied, se balance de corde en corde tel un Tarzan à la Nouvelle-Orléans. Une qualité le différencie cependant de ses ancêtres, Trump peut jouer une note de trompette qui immobilise les éléments mobiles du décor. Les développeurs tirent de cette aptitude quelques épreuves casse-tête enrichissant le simple jeu de rebonds. Et bien sûr, il monte et descend des kilomètres d'échelles, saute (très occasionnellement) sur la tête des policiers n'existant que pour ça dans le décor. Avec une interface tactile cependant, le vrai exercice qui relie concepteurs et joueurs consiste à trouver le bon substitut virtuel à la manette traditionnelle…
Bonne gestion du pad virtuel
Plus lisible et praticable que d'autres tentatives, le système de contrôle sur la vitre exploite un ensemble dynamique de contrôle plutôt satisfaisant, à une réserve prêt. Toujours affichées à l'écran, les flèches de déplacement gauche et droite sont dessinées en forme d'arc sur la gauche et non comme souvent en simple ligne droite à la base de l'écran. Un détail qui, curieusement, améliore le contrôle sans trop empiéter sur le décor. Les flèches haut et bas n'apparaissent, elles, que lorsque la fonction est possible. Une furtivité qui économise la surface d'écran et sert en même temps d'indicateur quand l'action varie. Pas si bête. Le bouton virtuel de saut, assez gros et donc assez fiable, reste affiché en permanence à droite. Bien espacées, ces commandes virtuelles encouragent un jeu à l'index plutôt qu'au pouce qui fonctionne assez bien (en tous cas sur iPad testé ici), même lorsqu'il faut rebondir de mur en mur comme un certain plombier. Seul petit choix ergonomique discutable, la main qui apparaît lorsqu'il faut tirer une caisse, ou pour franchir la porte d'un niveau, s'affiche au-dessus de l'action et incite à y placer le doigt alors qu'il faut utiliser la même icône qui apparaît en double sur le côté droit de l'écran. On s'y fait prendre plusieurs fois avant de se caler sur ce qui est attendu. Ce détail rejoint une envie non satisfaite et encouragée par les éléments mobiles du décor : il n'y a aucune interactivité directe avec le décor en dehors des commandes de mouvements du personnage. Cela ne nuit pas au jeu de plateforme bien sûr mais, encore une fois, sur écrans tactiles, l'utilisateur prend de plus en plus l'habitude de pouvoir interagir un minimum avec tout ce qui bouge et quand il ne peut pas, le jeu ou l'appli donne l'impression d'être figé dans une autre époque.
Un jeu en musique mais pas musical
Le charme cependant est indéniable, du moment que l'on a bien compris qu'il ne s'agit pas du tout d'un jeu dit "musical". Le héros, musicien pour l'anecdote, et ouvertement afro-américain (très rare dans un jeu vidéo qui privilégie la fantaisie à toute réalité politico-sociale), équipé d'un chapeau melon et d'un nœud papillon rouge a quelque chose de frais et dépaysant, surtout au sein d'une réalisation soignée mais non maniérée (bon point à la mise en scène du générique qui se traverse physiquement). Au bout des doigts et des oreilles cependant, la rengaine du jeu de plateforme traditionnel et des boucles musicales mono instrumentales usent les empreintes digitales et les tympans. Avant lui, Les Mésaventures de P. B. Winterbottom (Xbox Live et PC) avait joué avec plus de force et d'audace (noir et blanc total) la partition du film muet et des pauses temporelles créant de troublants puzzles spatiotemporels. Malgré les trophées du Game Center intégré (comme FaceBook et Twitter, qui a posé un problème de connexion), la difficulté reste modérée. Les vies infinies et les très nombreux checkpoints évitent la frustration et devraient convenir en revanche à tout nouveau venu, et à tous les portefeuilles puisque le prix d'entrée a été raisonnablement placé.
ACCUEIL | CONTACT | PUBLICITE | NEWSLETTER | Flux RSS
(c) Copyright 2010. Tous les articles parus sur HiTPhone.fr sont soumis à la législation concernant les droits des auteurs. Tous les droits de reproduction sont détenus exclusivement par Microscoop SARL et par les auteurs. Toute reproduction entière ou partielle est soumise à une autorisation préalable de Microscoop SARL. En cas d'erreurs ou pour toute information erronée, la responsabilité de l'éditeur ne peut pas être engagée. De même, l'éditeur décline toute responsabilité pour tout problème résultant de l'application d'un conseil prodigué sur ce site. L'éditeur décline également toute responsabilité pour le contenu de tout autre site vers lequel un renvoi est effectué.