Jetez-vous à l’eau !
Retour en enfance
Pourquoi un jeu est-il fun ? Parfois parce qu'il simule des expériences hors d'atteinte pour la plupart d'entre nous (piloter un avion de chasse, un bolide de Formule 1…). Parfois parce qu'il stimule l'imaginaire en inventant d'improbables aventures dans des univers fantastiques. Parfois encore parce qu'il ressuscite une connexion forte avec ses meilleurs souvenirs d'enfance. Jetez-Vous à l'Eau (Where's my Water en V.O.) ressemble ainsi à ces centres d'activités que l'on peut acheter aux très jeunes pour égayer l'heure du bain : l'eau rentre ici et sort par-là, on touche et on expérimente, ça tourne et ça fait du bruit.
Dis comme ça, ce n'est pas forcément très excitant. Mais derrière le concept un peu régressif, il y a un vrai puzzle game où il s’agit de diriger le fluide jusqu'à la tuyauterie de Swampy, sympathique crocodile (on n'est pas chez Disney pour rien) cousin de l'Om Nom de Cut the Rope. On connait la chanson : c'est simple au début (se frayer un chemin autour des rochers, faire un détour pour récupérer les objets-bonus…) puis ça se complique avec des robinets, des bombes, des éléments mobiles, des liquides dangereux… Le challenge, du coup, revêt de multiples formes : exercices de rapidité, jonglage avec le multi-touch, appels au sens du timing… Une variété garantissant l'originalité des énigmes tout au long des 80 niveaux de la campagne.
Dessiner, c'est creuser
Jetez-Vous à l'Eau fait donc marcher les méninges mais il introduit également une petite dimension créative ; la plupart des canalisations doivent en effet être creusées en dessinant sur l'écran. Le côté artisanal du procédé pose un défi supplémentaire. Beaucoup de tableaux nécessitent la création de tunnels rigoureusement calibrés pour guider l'eau sans la ralentir, de belles boucles et de beaux tremplins ordonnant au jet d'opérer des demi-tours ou de sauter des fossés. C'est d'ailleurs ici que l'interface montre un peu ses limites. La précision n'est pas extraordinaire, d'autant que le doigt a souvent tendance à masquer la visibilité.
Plus qu'un Cut the Rope n'ayant finalement pas grand-chose à voir, le titre évoque en fait davantage une sorte de Lemmings qui aurait remplacé les petites créatures par une entité liquide, capricieuse et chaotique. La simulation, même si elle a visiblement dû faire quelques concessions, est sophistiquée, gérant éclaboussures, effets de gravité et d'élan, vases communicants, divisions en plusieurs flux et projections – tout est bon pour mener les précieuses gouttes d'un point A à un point B, y compris la possibilité de jouer les apprentis-chimistes en faisant des mélanges parfois explosifs. A la fois centre d'expérimentation tactile et casse-tête intelligent, Jetez-Vous à l'Eau ferait presque regretter d'avoir, un jour, dû quitter la baignoire, les petits canards en plastique et les bulles du bain moussant – mais il n'est jamais trop tard pour rattraper le temps perdu.