Max Payne Mobile
Portage cheap
On a toujours soupçonné Max Payne d'avoir été sur-buzzé à sa sortie en 2001. Le titre était loin d'être déméritant, bien sûr, mais après trois années de hype furieuse autour de la sophistication du moteur 3D, de l'esthétique "film noir" et du fameux bullet time, on pouvait légitimement être un peu déçu de ne découvrir au final qu'un jeu d'action plutôt classique. Il y avait là un talent incontestable pour le storytelling mais également cette espèce d'ambition mal placée consistant à croire que l'on va faire avancer le jeu vidéo en le forçant à parler des langages qui ne sont pas les siens… Un jeu se rêvant moins jeu, en somme, que film ou bande dessinée interactive.

Peut-être est-ce pour cela que onze ans plus tard, le premier épisode d'une saga transmédia incluant, justement, films et comics semble avoir autant vieilli. Le joli moteur graphique d'époque, forcément, fait aujourd'hui sourire avec ses textures grossières, ses personnages 3D découpés à la hache et ses visages constipés collés sur la tête des protagonistes. Le scénario n'a pas non plus été épargné : ce qui pouvait éventuellement passer pour inédit dans le monde jeu vidéo il y a dix ans a désormais la saveur d'un polar de seconde zone, abusant des métaphores au forceps surjouant la descente au cœur de la "ville maudite". L'amateurisme sidérant du doublage français n'arrange rien, il est vrai. Question conviction et intonation, on est quelque part entre un vieux sketch parodique des Inconnus et le synthétiseur vocal Microsoft.
Curieusement, en fait, la partie jeu est l'une des choses qui ont le moins vieilli. Même si celle-ci n'est pas devenue moins linéaire avec le temps, l'aventure offre des petits à-côtés sympathiques sous la forme de séquences plateformes ou de mini-énigmes. Les fusillades, par ailleurs, ne sont pas dénuées d'une certaine énergie ; les talents de mise en scène de Remedy Entertainment ne sont plus à démontrer et il y a de plus pas mal d'armes avec lesquelles expérimenter.
Adaptation service minimum pour Rockstar
Le vrai problème, en fait, tient plus à la qualité de l'adaptation elle-même qu'à celle du contenu original. Exemple : le système de sauvegarde archaïque avec, au choix, mode automatique ramenant au tout début du niveau ou mode manuel obligeant à de constants allers et retours dans le menu principal – loin d'être idéal, donc. La maniabilité est toute aussi décevante. La précision médiocre des mouvements rend ainsi certains challenges plateforme (style équilibrisme sur les toits ou sur des corniches) franchement pénibles. Les réglages de tir par défaut, eux, sont d'une indulgence ridicule : pointez votre arme dans le voisinage approximatif d'une cible, même 30 centimètres à côté, et le programme se charge de guider seul la balle. Désactivez les aides, en revanche, et la visée devient un calvaire (pourquoi ne pas avoir utilisé le gyroscope, comme Gameloft et son 9mm ?).

La bonne nouvelle est qu'il existe une configuration relativement potable mais elle nécessite de laborieuses expérimentations avec un nombre invraisemblable de paramètres (sensibilité des joysticks virtuels, positionnement des boutons, choix de la méthode de tir ou de saut…) – comme au temps du PC, que le jeu ne semble jamais avoir vraiment quitté. Ce qui déçoit le plus, en fait, ce n'est pas que Max Payne ait vieilli, pas même qu'il ne soit pas vraiment à son aise sur un écran tactile, mais que Rockstar ait fait si peu d'efforts, important tels quels des mécanismes d'époque et, donc, parfois complètement hors-sujet sur iOS. Le titre choisi, comme pour marquer une différence nette avec l'original et justifier la qualité du portage, prend finalement tout son sens : Max Payne Mobile, version cheap d'un classique mineur.