Après quelques cessions de jeu hélas, le Paint pour "peinture" d'un jeu coloré à la main peut aussi se lire "pain" comme douleur. Car au-delà de son original design carton dessiné à la Terry Gilliam, apparemment descendant surréaliste de Scramble, PaintScape échoue à donner à jouer un shoot'em up sérieux.
Peut-être qu'il ne s'agit là que d'une parodie de shoot'em up à l'horizontal comme en ont connu les salles d'arcade et les consoles 16 bits des années 80/90. Peut-être faut-il lire, dans le défilement horizontal de créatures et machines dessinées, une sorte de manifeste artistique trouvant dans le canevas d'un jeu classique prétexte à introduire un univers graphique personnel, des éléments visuels volontairement incongrus. Après tout pourquoi pas. Le jeu vidéo n'a pas de tabous à défendre, de limites à craindre. Ceci étant, pour se différencier des détournements artistiques plus ou moins significatifs et généralement "injouables" comme on en trouve désormais dans les expositions d'art contemporain, un jeu vidéo digne de l'appellation doit fournir un noyau interactif fiable. Le lointain et alors culte Parodius de Konami avait déjà osé un tel détournement au début des années 90. Tout en gardant l'efficacité attendu d'un shoot'em up. Maladroit, pénible à manipuler, surtout pas fiable en termes de contrôle permettant de courir après un score ou même tout simplement d'arriver au bout d'un tableau, PaintScape trahit trop souvent le minimum interactif attendu d'un jeu vidéo.
Hors jeu
Le jeu se veut concept au-delà même de son esthétique petit décor de théâtre. Par défaut les déplacements de l'engin volant - un croisement entre un poisson et une chaussure (si si et rien à redire à cette aspiration surréaliste) - utilisent les fonctions gyroscopiques de l'iPhone. Il faut donc incliner l'appareil dans tous les sens de façon à faire avancer, reculer, monter ou descendre l'engin volant. La lenteur de l'ensemble devrait faciliter les acrobaties mais en réalité la taille des "ennemis" ou obstacles en mouvements ne permet pas sûrement d'éviter les collisions. Proportions et distances des différents éléments appartiennent à une mise en scène qui s'amuse et non à un jeu d'adresse cohérent. Les collisions d'ailleurs, n'en sont guère. L'engin passe tantôt en partie à travers l'obstacle ou s'y cogne. Dans le même ordre d'idée le tir est par défaut automatique. C'est à dire que la bouche du poisson/chaussure éjecte une seule grosse balle (une torpille ?) chaque seconde. Au doigt et à l'œil, tout cela s'avère très lourd. Alternativement, les options proposent d'utiliser un joystick virtuel pour les déplacements et un bouton virtuel qui lance les laborieux projectiles. On retrouve ainsi mieux ses marques mais l'inertie générale, la latence et des tirs et des déplacements de l'engin à peine amélioré par les upgrades achetés entre deux tableaux à coups de points d'expériences gagnés, continuent à générer de l'embarras au lieu d'accompagner le joueur.
Univers artistique gâché
Bien plus sophistiquée que les agressifs riffs de rock FM ou japonais des vieux shoot'em up, la musique à base de rock semi acoustique réussit à dégager, comme les dessins, une vraie fraicheur et même un peu d’énergie. Les bruitages en revanche se réduisent à de rares bruits d'impacts dont le minimalisme passerait également pour de la parodie s'il ne manquait pas des sons lors de certains contacts avec le décor. Quand l'expérimental, tactile, graphique ou sonore, grève le fondement de l'interactivité, il disqualifie le programme en tant que jeu vidéo. Une démarche artistique totalement légitime tant que le client ne se trompe pas sur ce qu'il va acheter. À 0,79 euro, l'erreur ne serait pas grave et la curiosité de découvrir cet OVNI peut même les valoir. Surtout que l'auteur s'est appliqué et revendique 1000 heures de travail. On imagine d'ailleurs certains gamers irréductibles capables de surmonter le mauvais équilibre interactif (l'équipe créative elle-même on suppose) et aller au bout des 7 tableaux proposés. Il n'empêche, l'impatience que provoque la quantité d'applis et de jeux à essayer ou jouer pour de bon sur l'insondable AppStore, ne laisse guère l'énergie devant un jeu à la réalisation trop artisanale. Sans insulter le travail accompli mais inaccessible à tous au fin fond de ses profondeurs, le bel univers visuel et sonore de PaintScape aurait peut-être pu s'apprécier sous une autre forme, un livre illustré interactif par exemple.
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