Paper Monsters
Le géant de papier
Le Japonais Shigeru Miyamoto est connu pour beaucoup de choses mais l'une des plus singulières est probablement la manière dont il puise l'inspiration de ses jeux, construits à partir de souvenirs d'expériences familières. On sait comment ses aventures d'enfance, faites d'explorations de caves et de découvertes merveilleuses, ont nourri le développement de ses premiers titres, dont le séminal Super Mario Bros, chef d'œuvre à l'innombrable progéniture.

Paper Monsters est l'un de ces descendants directs ne faisant aucun secret de leur adoration du maître. Ici, on saute (voire on double-saute) sur la tête de ses ennemis et des tuyaux gigantesques révèlent des passages secrets vers des mondes souterrains. D'autres classiques du genre plateforme sont cependant convoqués, le beaucoup plus récent LittleBigPlanet (de l’univers PlayStation) en tête. A celui-ci, le titre emprunte une esthétique générale faite de bric et de broc, des ennemis en papier plié et un héros de carton-pâte que l'on pourra affubler d'un certain nombre d'accessoires et de chapeaux. On retrouve également des jeux et des déplacements entre premier et arrière-plan dont la première phase de boss fait une utilisation discrètement inspirée. On pourra même aller jusqu'à déceler des petites traces d'Okami (Capcom) lorsque fleurs et plantes diverses se mettent spontanément à pousser sur le chemin du héros.
Une belle réussite marchant sur les traces de Mario et de LittleBigPlanet
Ce qui distingue Paper Monsters d'un simple clone LittleBigMario est d'abord sa réalisation. La 2,5 D est jolie, la fluidité correcte (même si l'on est tout de même loin d'un Sonic) et le personnage est étonnamment maniable. Le choix entre deux modes de contrôles est proposé (joystick virtuel et touchpad) et toute la zone droite de l'écran semble réservée pour le saut : pas de boutons et, donc, pas de risque de ratage en appuyant à côté. Le titre se fait également remarquer pour son sens aigu de la surprise. Chaque zone apporte ses petits changements et ses petites idées : aventures sous-marines, objets à pousser, descente en luge… Il y a surtout ici une vraie capacité à titiller le joueur et à exciter sa curiosité. Un mouvement de caméra pas vraiment dû au hasard pourra ainsi révéler un trésor caché ou un bonus à collectionner, là, très haut, sur une plateforme à priori hors d'atteinte.

Paper Monsters offre ainsi de nombreux détours et quelques sympathiques challenges à ceux qui voudront bien se donner la peine d'explorer, et cela malgré la gentille balade un peu linéaire à laquelle le jeu ressemble parfois : la difficulté est en effet très clémente et les 16 niveaux inclus à ce jour sont vite finis (d'autres sont promis pour "bientôt"). Mais les amateurs du genre savent qu'arriver à destination ne représente qu'une petite partie (et pas forcément la plus intéressante) de l'aventure. Miyamoto aussi le savait lorsqu'enfant, il pénétrait sans carte dans les forêts des environs de Kyoto ; là où certains voient des chemins de randonnée et des pique-niques bucoliques, d'autres voient un espace d'opportunités et d'imaginaires, des escapades hors des sentiers battus révélatrices de mille trésors.