The Amazing Spider-Man
Amuse-gueule

Le programme est connu par cœur. Un blockbuster archi-attendu (en l'occurrence ici, le reboot des aventures de l'araignée en collants) = un jeu qui tombe stratégiquement juste avant la sortie en salles, amuse-gueule à faible valeur nutritive généralement développé en vitesse et dont le seul rôle semble être de mettre en appétit pour le grand feu d'artifice hollywoodien. Voir : Terminator Renaissance, Transformers 3, Fast & Furious 5, etc. Attention surprise : The Amazing Spider-Man est, lui aussi, un jeu développé en vitesse. Les premières minutes, en fait, sont passées à énumérer la liste des soucis techniques et bugs rencontrés. Clipping par-ci, pop-up de textures par-là, framerate qui s'écroule soudainement, bâtiment qui disparait… Autre chose ? Les graphismes pas jojos (exception faite du héros, dont les fesses musculeuses rendent les séquences cinématiques un peu moins barbantes), la maniabilité limite pénible (et aucun réglage de sensibilité dans le menu d'options), la caméra qui ne suit pas vraiment, le bouton de saut qui s'arrête de fonctionner sans que l'on comprenne trop pourquoi…
Araignée, lézards et Big Apple

Tout est-il à jeter ? Bien sûr que non, le minimum syndical devant être assuré afin de ne pas se faire gronder par Marvel et Columbia Pictures. Il y a donc un concept sympa : enfiler le costume de Spidey et évoluer en liberté dans un New York open-world aux allures de mini-Grand Theft Auto. Du classique, oui, mais bien fichu, avec missions principales retraçant (on imagine) les grandes lignes du long-métrage et distractions optionnelles éparpillées un peu partout dans la Big Apple, généralement des gentils citoyens à emmener à l'hôpital ou de méchants voyous à tabasser. La tabasse, justement, est l'un des petits plaisirs coupables du gameplay. Mécaniquement simpliste (on passe grosso modo son temps à marteler les deux mêmes boutons), elle préfère se concentrer sur le spectacle, offrant de très jolies chorégraphies et de purs moments de mise en scène : tomber comme un missile au beau milieu d'un gang ennemi, jouer de la toile comme une ballerine, atteindre les doigts dans le nez des combos à plus de 100 coups…
Un Spider-Man pas très amazing
Le titre réserve en définitive quelques bons moments passés à virevolter de gratte-ciel en grue tout en débloquant les nombreuses upgrades disponibles (même si celles-ci ne semblent avoir qu'une influence très relative sur le jeu). Produit dérivé oblige, l'ensemble reste cependant pas mal périssable. La nature répétitive de l'action lasse sur la longueur et la campagne principale peut facilement se terminer en deux ou trois heures, après quoi la ville n'a plus grand-chose à offrir que les mêmes bastons. Ce Spider-Man-là n'a rien d'amazing, c'est entendu, mais son vrai problème serait plutôt ailleurs, dans une certaine trahison du matériau hollywoodien qui lui a donné vie. La réalisation cheap, à mille lieux des millions de dollars d'effets spéciaux du long-métrage, les spoilers à gogo du scénar, les dialogues et les vannes nazes… Tout cela ne donne en fait plus tellement envie d'aller voir le film. Etait-ce là le résultat escompté ?