Ubisoft précise sa stratégie digitale
Bien connu des possesseurs de consoles et PC, Ubisoft entend développer sa présence sur les plates-formes digitales, avec une bonne place donnée notamment aux machines iOS. Assassin’s Creed, Michael Jackson, Les Lapins Crétins mais aussi le dernier-né
Monster Burner sont au programme. Thomas Painçon, EMEA Digital Publishing Director, nous en dit plus.
Hitphone : Comment définissez-vous la stratégie d’Ubisoft dans le domaine des jeux dématérialisés ?
Thomas Painçon : Nous avons une politique multiplateformes connectées, dans le sens où l’objectif du groupe est de proposer des expériences de jeu différentes entre les supports mais avec des liens entre elles autour d’une licence commune par exemple. Avec un catalogue de franchises comme celui d’Ubisoft, nous avons la possibilité de proposer des gameplays différents et spécifiquement pensés pour chaque plate-forme, qu’il s’agisse des consoles de salon, des machines iOS ou de Facebook, tout en développant des passerelles entre ces différentes versions. Concrètement, je pense à la possibilité de pouvoir débloquer par exemple via l’application iOS, des éléments de jeu dans le titre en version console de salon.
Ce type de synergies va-t-il passer par une plate-forme en particulier ?Pour le moment, ces synergies sont développées au sein des jeux mêmes. Mais notre stratégie de convergence entre les différentes versions passera de plus en plus via notre plate-forme en ligne Uplay, que nous avons lancé il y a deux ans. Basée depuis ses débuts sur un système de récompenses pour les joueurs, elle va de plus en plus interconnecter les différentes déclinaisons d’un même univers. Chaque jeu Ubisoft, que ce soit sur console, PC ou iOS, permet de s’inscrire à Uplay qui est un service intégralement gratuit.
Quel modèle économique adoptez-vous ?Via les différents titres, nous abordons les différents cas de figure. Par exemple, Assassin’s Creed Multiplayer Rearmed est gratuit d’accès puis propose des achats « in app ». Ensuite, nous avons nos titres en Free to Play dont The Settlers Online, Heroes of Might and Magic Kingdoms, Léa Passion Online et Ghost Recon Online qui est actuellement en version Beta. La Grosse Appli des Lapins Crétins incluant de la réalité augmentée sur iPhone sera vendue, pour sa part, en modèle Premium. Enfin, toujours sur iOS, nous lancerons en novembre le jeu Michael Jackson pour iPad, un jeu de rythme ambitieux où l’on téléchargera l’application accompagnée de trois chansons à 3,99 euros, les titres supplémentaires à télécharger seront ensuite vendus 1,79 euro pièce.
Comment un éditeur « traditionnel » comme Ubisoft négocie-t-il cette transition du marché ? On a dit qu’Ubisoft se positionnait sur le tard sur ce segment mais nous souhaitions présenter une offre cohérente avec une vraie stratégie de développement. En interne, une équipe spécifique a été constituée à l’EMEA pour travailler sur ces formats dématérialisés et ces nouveaux modèles économiques. C’est un segment de marché qui va nous permettre de développer l’aura de certaines de nos franchises en les apportant sur de nouvelles plates-formes mais aussi de prendre des paris. L’un des intérêts du jeu en digital et de réduire les risques sur un lancement, comparé à ce que l’on connait avec les jeux en versions boîtes. Avoir dépassé les 500 000 ventes sur un titre original comme From Dust nous encourage à poursuivre dans cette voie…
Que représente aujourd’hui cette activité digitale au sein du groupe ?Sur le dernier trimestre, cela a représenté environ 4% du chiffre d’affaires, ce qui représentait déjà une multiplication par deux de l’activité. L’objectif est de continuer sur cette tendance dans les trimestres à venir. Aujourd’hui près de 25% des investissements d’Ubisoft sont dédiés à ces nouvelles plateformes et modèles économiques.
Comment comptez-vous assurer cette progression ?Tout d’abord en développant le catalogue, que ce soit sur XBLA/PSN (I am Alive, Babel Rising, Project Haste…), sur iOS (Monster Burner, Prince of Persia, Michael Jackson The Experience, les deux applications Assassin’s Creed) ou encore sur Facebook où notre objectif est de proposer régulièrement de nouveaux jeux au cours de l’année 2012. Par ailleurs, nous allons également continuer à déployer nos titres online Free to Play sur les différents marchés internationaux, ce qui va constituer un autre axe de développement.
Des acquisitions de studios sont-elles à l’ordre du jour ?Toutes nos productions digitales sont développées en interne par des équipes qui travaillent également sur des titres « traditionnels ». C’est par exemple Ubisoft Montréal qui a signé Assassin’s Creed Recollection et Monster Burner. La plupart des équipes de développement du groupe travaille sur ces plates-formes, cela facilite et rend plus efficace les productions multiplateformes quand il s’agit de décliner une même franchise sur plusieurs machines et plusieurs gameplays, ce qui est pris en compte désormais très en amont dans le processus de création. Les acquisitions faites par Ubisoft sont avant tout motivées par des savoir-faire : le middleware Quazal, le studio Nadéo, le studio Owlient pour son expertise dans le domaine du Free to Play ou encore, dernièrement, Red Lynx, qui a impressionné avec le moteur de Trials HD.