Walking Dead : The Game (Episode 1)
Mariage jeu-ciné-BD-TV réussi

Double phénomène encore assez rare sur iOS, The Walking Dead est un jeu d'aventure et d'action ambitieux issu d'abord du jeu vidéo traditionnel puis adapté sur iPad et iPhone tout juste quelques mois après la sortie sur Xbox Live ou PlayStation Network. L'aventure complète est divisée en 5 épisodes autonomes. Le premier vient d'apparaître sur iTunes au moment où le 2e épisode sort sur les boutiques en ligne des consoles de salon.
Sorte de spin off et du comic book et de la série TV, le jeu garde le ton psycho dramatique des deux médiums et s'appuie d'abord sur une histoire. Point fort de l'aventure : l'émotion que chaque événement dramatique provoque chez les protagonistes doit être ressentie aussi par le joueur participant quand la mise en scène des cinématiques et de la partie interactive s'harmonisent bien. Malgré quelques longueurs, ou langueurs (influence tangible des Silent Hill 1 et 2), cette louable ambition fonctionne. Et il le fallait intrinsèquement puisque le principe de vente par épisodes implique d'intéresser assez le joueur pour qu'il remette la main au portefeuille. Si l'enthousiasme est là, l'appli permet d'ailleurs d'acheter en avance les 4 prochains épisodes moyennant 25 % de réduction (soit 12 euros). Aucune date de disponibilité des prochains chapitres n'est en revanche avancée.
Super production
Artistiquement, le jeu déploie une très belle production qui ne fait honte ni au comic book ni à la série TV. Le monde rural de l'aventure et les personnages ont été conçus en volume mais redessinés et colorés d'un joli coup de crayon façon BD (mais ne singeant pas le trait économe du comic book). Les expressions des visages accompagnent avec une certaine justesse des dialogues particulièrement bien écrits et, là aussi très rare, bien joués (attention cependant, dialogues, sous-titres et textes exclusivement en anglais et, sauf surprise, pas de traduction prévue dans l'immédiat). De la musique au moindre bruitage d'ambiance (écouteurs vivement recommandés par le studio
Telltale et par l'auteur de ces lignes) l'environnement sonore a l'allure d'une grosse production, vent, oiseaux et vols de mouches se partagent bien les silences entre les râles des zombies. Ah oui, tout de même, si, comme ses grands frères, le jeu s'intéresse d'abord au sort des humains, le drame surgit sans ambiguité à cause de cette damnée infection qui transforme les morts en morts-vivants. Le thème reste surfait, la façon de l'aborder au sein du jeu, pas tout à fait.
Des choix qui comptent
Dès le préambule où le gentil prisonnier menotté Lee Everett se retrouve malgré lui en liberté pour aussitôt se faire courser par une armée des ombres, on craint le pire d'une aventure interactive seulement ici ou là. Car il ne faut pas le cacher, l'histoire avance à coup de cinématiques où le joueur intervient très peu ou pas du tout (sans tomber dans l'excès des séquences passives d'un Metal Gear Solid bien sûr). Quand le personnage principal répond aux dialogues, le joueur doit décider sa réponse ans un délai assez bref (une jauge diminue) à partir de plusieurs options en général correctement nuancées. Opter pour la vérité ou un mensonge compte. Certaines décisions prises lors des dialogues altèrent l'histoire et le jeu affiche à ce moment là une petite phrase en haut de l'écran pour signifier le carrefour pris par l'histoire. Un petit indice qui implique que l'histoire peut se retraverser en changeant d'embranchements.
Point & Click reloaded
Bien que descendant des aventures pointées-cliquées, le jeu propose une action en temps réel où il faut agir en tapant sur l'écran ou à coups de gestes répétés sur la vitre ( à la
Fruit Ninja) et en visant assez précisément. Sur consoles le principe s'apparente à des QTE (
Quick Time Event). Ici, sans manette traditionnelle, la surprise de voir apparaître au hasard les boutons A, B, Y ou X disparaît. La réactivité en cas d'attaque de zombie reste néanmoins nécessaire puisqu'il faut taper du doigt là où se trouve une marque parfois mobile sur l'écran. Coup de pied ou violent coup de marteau s'assènent en répondant à temps au signal à l'écran. Il faut même parfois regarder autour de soi en plein danger pour trouver le point d'impact : ramasser un fusil à droite sur le sol, puis les cartouches à gauche avant de pouvoir tirer en tapant du doigt sur la mini cible affichée sur le crâne de l'effroyable mort-vivant. D'un point de vue jeu vidéo, l'ergonomie est parfois limite, dans l'ensemble de la tension dramatique, cela fonctionne. Les maladresses font partie du bagage émotionnel des personnages normalement troublés par le danger, et on arrive à croire à ce qui se passe. Quand le jeu donne la main, les déplacements du personnage se font en direct en faisant glisser le doigt sur la vitre. Ses mouvements sont un peu raides, et il a du mal à contourner certains décors, mais le jeu compense en offrant la possibilité de toucher le décor là où il doit se rendre et il y va alors tout seul dans la plus pure tradition du point & click.
Hésitations techniques

Techniquement le jeu impressionne plus qu'il ne déçoit malgré quelques hoquets notables. Cette adaptation "universelle" iPad et iPhone traine ainsi quelques limites ou choix discutables. Le jeu met du temps à se lancer à chaque fois parce qu'il cherche systématiquement à se connecter en ligne, et des écrans de loading interviennent souvent en plein suspens. Bon point, la musique, elle, ne s'interrompe pas à ce moment là et entretient la tension. Travellings, panos ou mouvements d'objets (voitures…) provoquent parfois quelques saccades. Rien de dramatique. Plus gênant, la possibilité de pouvoir parfois observer alentours en déplaçant le décor du doigt ne correspond pas à une logique standard du regard et souffre d'une inertie capricieuse la plupart du temps (la vue s'enlise dans une position ou avance plus vite que souhaitée, ou le programme recadre au mauvais moment…). Cela contrarie un peu les sens, complique certaines séquences d'action de toutes façons pas très difficiles, irrite mais ne casse pas le jeu.
Ergonomie parfois discutable
Les petits problèmes techniques interviennent aussi avant de jouer. L'absence de sauvegarde partagée entre les deux supports impose par exemple de suivre encore et encore chaque cinématique sans possibilité de les passer. C'est inscrit en tête de page
iTunes (et non dans le descriptif habituel technique en bas) : le jeu ne fonctionne que sur iPad 2, iPad Retina et à partir de l'iPhone 4 (aucune indication concernant la génération d'iPod Touch compatible). Mais même compatibles, ceux-ci se mettent alors très vite à chauffer au point de presque brûler les doigts et de quand même inquiéter. Prévoir de courtes cessions de jeu... Petit détail de puriste, sur iPad le jeu laisse des petites bandes noires en haut et en bas puisque le ratio original 16/9 du jeu sur consoles ne correspond pas à celui de la tablette Apple. En revanche sur iPhone, le jeu occupe tout l'écran. Dommage, en passant, que celui-ci ne profite pas de vibrations lors des impacts du jeu, cela améliorerait encore l'immersion.
Une aventure gore que l'on a vraiment envie de suivre

En espérant une mise à jour et un épisode 2 plus optimisé, il faut surtout retenir que la vraie réussite du jeu The Walking Dead : The Game est ailleurs. Il réconcilie presque jeu vidéo (sorte d'upgrade des point & click), cinéma (bon découpage, bons cadrages, bons acteurs...), série TV (bonne écriture sérial, bon rythme narratif, psychologies respectées…) et comic book (patte graphique chic et singulière, vignettages…). Pour faire naître ce monde en perdition et entretenir une tension dramatique à la hauteur des enjeux (vie, mort, ou entre les deux), presque chaque geste est compté, en tous cas ceux retenus par le scénario. Ce qui entraine un découpage de l'action choisi au sein du découpage des plans et des cadrages entre BD et cinéma. Et la mort du héros guette toujours au détour d'une (mauvaise) surprise où un simple moment de panique suffit à trépasser. Il ressuscite en général juste avant la séquence mortelle qu'il faut alors refaire, en tenant ses nerfs.
Voilà enfin une proposition vidéoludique intéressante, pas toujours efficace en terme de lisibilité pour jouer, mais réussie dans l'idée de tout unir au service d'une histoire. Oui mais, et le gore dans tout ça ? Le sang est plus noir que rouge, et signe sans détour des scènes de boucheries que le style dessiné adoucit tout juste.