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Zenonia 4 vs Dungeon Hunter III
Le prix du gratuit

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Joyeux Noël pour les fans d'action/RPG sur iOS ; ces derniers ont en effet vu débarquer le même jour les nouveaux épisodes de deux séries poids lourd du genre sur la plateforme portable Apple. Avec, pour le coup, une grosse nouveauté. Au lieu d'un tarif premium généralement situé aux alentours des cinq euros, les deux jeux sont désormais proposés gratuitement selon le modèle du free-to-play : télécharger et jouer ne coûte rien mais certaines fonctionnalités plus ou moins avancées nécessitent le recours à des achats intégrés, et il est généralement possible de remplir sa bourse virtuelle en ouvrant son portefeuille réel. Un système à la popularité croissante, et pour cause : ça peut rapporter gros. De nombreux titres massivement multijoueurs (Dungeon & Dragons Online, Lords of the Rings Online, etc.) ont vu leurs revenus exploser en abandonnant la traditionnelle structure d'abonnements et des sociétés telles que Zynga (créateurs de Farmville) ont bâti des empires sur ce mode de paiement. L'intérêt pour les joueurs, en revanche, n'est pas toujours clair. Si l'idée du gratuit est séduisante, la facture peut en revanche grimper rapidement si l'on commence à (s')investir, parfois jusqu'à dépasser largement le prix d'un jeu équivalent.

Deux séries classiques du genre action/RPG sur iOS


Etude de cas, donc : deux titres, deux manières d'approcher le freemium et deux manières d'approcher le genre action/RPG. Chez Zenonia, on est à l'école asiatique : du manga, de la jolie 2D comme à l'ancienne (en haute définition Retina, c'est la nouveauté la plus visible apportée par ce quatrième volet), et un système de jeu évoquant aussi bien les classiques Zelda que les mécanismes du géant World of Warcraft. Il y a des quêtes clairement indiqués par des gros points d'exclamation jaunes, des druides qui se changent en ours et qui utilisent des totems… Héritage coréen oblige, le gameplay est avant tout basé sur le grind, soit du combat à outrance pour grimper les niveaux et devenir toujours plus puissant. Le développeur Gamevil connait cependant son sujet et, en quatre itérations, a bien eu le temps de roder un système complexe : il y a des stats (les classiques force, endurance, etc.), des sous-stats (pourcentage de coups critiques, pourcentage de coups manqués…), des matériaux à combiner pour créer des objets magiques, une fée, des gemmes et des runes, un arbre de compétences complet pour chacune des quatre classes (guerrier, druide, voleur et chasseur)… Largement de quoi expérimenter et varier l'expérience même si, au bout du compte, l'aventure se résume à écumer les niveaux et à taper sur des monstres pour emmagasiner les points d'expérience et l'or.

Comparativement, Dungeon Hunter a pris le chemin de la complexité inverse. Si les deux premiers épisodes lorgnaient du côté de la superproduction Diablo-like et affichaient une richesse respectable, le troisième s'est spectaculairement simplifié au point d'apparaitre comme une version médiévale-fantastique de Gun Bros. Terminé la campagne luxueuse ; le joueur enfile désormais une série de combats sans aucun lien particulier entre eux dans de petites arènes. Durée moyenne : cinq minutes environ pour éliminer une horde d'ennemis et gagner un peu d'or et d'XP, puis retour au menu pour recommencer. Vite répétitif, donc. Terminée également l'avalanche d'objets magiques ; leur nombre est désormais fixe (une petite cinquantaine de casques, armes, gants, etc.) et ceux-ci sont débloqués automatiquement dans la boutique au fur et à mesure de la progression. Pour augmenter un peu les possibilités, chaque pièce peut être améliorée trois fois mais impossible d'utiliser des gemmes ou des enchantements pour personnaliser son équipement par exemple : c'est maigre.

Attention : péage !


Mais qu'un objet soit "débloqué" ne veut pas dire qu'il soit immédiatement disponible, et c'est ici que Gameloft commence à chatouiller les portefeuilles. Le principe du freemium repose sur la présence dans le titre d'un ou plusieurs "péages", des moments où le joueur se retrouve face à un obstacle artificiellement créé pour lui faire sortir la bourse. Chez Dungeon Hunter 3, les péages sont omniprésents. On pourrait citer le prix virtuel prohibitif des compétences et des sorts magiques, rendant long et difficile leur achat via le cours normal du jeu. On pourrait également citer le mécanisme douteux des clés : le trésor de fin de niveau durement gagné n'est en effet pas accessible sans elles. Certes, celles-ci se rechargent au rythme d'une toutes les vingt minutes jusqu'à un maximum de cinq, mais ceux qui voudront aller plus vite devront passer à la caisse. Le temps est d'ailleurs l'ennemi du joueur : dans les niveaux, puisque ceux-ci sont chronométrés, mais également dans les menus. Toute amélioration, par exemple, doit passer par le forgeron, un processus relativement court au début (une demi-heure) mais qui grimpe vite à plusieurs heures pour les objets de plus haut niveau. L'opération peut être accélérée mais, on s'en doute, cela a un prix…

Zenonia 4, en revanche, est plus souple dans sa gestion des achats intégrés. Comme chez Dungeon Hunter 3, le titre utilise une monnaie alternative, les Zen, offrant une série d'avantages. Beaucoup d'entre eux, cependant, se présentent sous la forme de bonus à priori optionnels (augmenter ses stats pour faciliter les combats, par exemple) et il est possible de profiter d'une grande partie du jeu, au demeurant très complet, sans débourser un centime. Mais cela ne veut pas dire que les péages sont complètement absents. Ici, c'est la difficulté de certains combats qui est artificiellement manipulée ; celle-ci explose en effet pour les boss et les mini-boss, d'un niveau réel largement supérieur à celui affiché. Mettre en péril l'équilibre de tout un système de gameplay et prendre le risque de décourager le joueur, tout cela pour le pousser à sortir la carte bleue, est-ce une stratégie raisonnable ? D'autant que d'autres facteurs peuvent ajouter à la frustration éventuelle, les carences des contrôles en tête de liste. Croix virtuelle fixe et peu pratique, boutons minuscules, nombre insuffisant de raccourcis pour les sorts… La complexité du titre n'excuse pas tout, et le dispositif (visiblement calqué sur un classique pad physique) aurait grandement gagné à être optimisé pour l'écran tactile.

Rien n'est vraiment gratuit


Malgré cela, il est facile de se laisser séduire. Même s'il peut parfois jouer les gros balourds quand il force la main, le dernier Zenonia a au moins le bon goût d'offrir des alternatives parfaitement valables pour gonfler les stats de son personnage. Une paire de donjons (l'Abysse et le Den of Trials) ainsi qu'un mode PvP permettent de gagner facilement et rapidement quelques niveaux tout en offrant l'éventualité de ramasser un ou deux objets légendaires au passage. On ne peut pas en dire autant de Dungeon Hunter 3 : sans le recours aux achats intégrés, la plupart des compétences et des sorts, pourtant la base du gameplay action/RPG, restent hors d'atteinte pour un (trop) long moment. C'est toute la différence entre les deux approches. Quand Gamevil propose un jeu en grande partie complet, même si d'une difficulté limite fantaisiste, Gameloft propose un demi-jeu dont la seconde moitié, à priori la plus intéressante, est otage de mécanismes freemium. Soyons cependant clairs : pour un investissement initial de zéro euro, les fans du genre n'ont aucune raison de ne pas télécharger ces deux titres qui, au pire, offriront au moins une ou deux heures de divertissement. Passé ce cap, en revanche, l'un se révèle plus intéressant que l'autre et, surtout, accommode mieux que l'autre la promesse du "gratuit" avec la nécessiter de rentabiliser le développement d'un projet que l'on imagine coûteux. Car dans le freemium comme dans la vie, la leçon reste la même : d'une manière ou d'une autre, tout finit par se payer.

Zenonia 4 : 8/10

Plus
- Richesse du système de jeu
- Graphismes 2D somptueux
- Assez clément sur les achats intégrés
- Challenges complémentaires et PvP

Moins
- Difficulté en dents de scie
- Interface pas toujours adéquate

Dungeon Hunter 3 : 6/10

Plus
- Pièges divers dans les arènes
- Missions secondaires pour plus de récompenses
- Défis quotidiens

Moins
- N'a plus grand-chose à voir avec les deux premiers épisodes
- Prix élevé des compétences
- Tourne vite en rond

Fiche technique Zenonia 4
- Prix de l’achat : Gratuit
- Genre : Jeux de rôle
- Développeur : Gamevil
- Editeur : Gamevil
- Taille : 37.9 Mo
- Langue : Anglais
- Version : 1.0.2
- Date de la dernière mise à jour : 9 janvier 2012

Fiche technique Dungeon Hunter 3
- Prix de l’achat : Gratuit
- Genre : Jeux de rôle
- Développeur : Gameloft
- Editeur : Gameloft
- Taille : 408 Mo
- Langue : Français
- Version : 1.0.0
- Date de la dernière mise à jour : 21 décembre 2011

Par Eric Simonovici, le 13/01/2012

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